Un peu d'histoire
Un héritage agé de 120 ans
Le vallon de Pézanin, situé aux confins des monts du Beaujolais et du Charollais sur la commune de Dompierre-les -Ormes, offrait au XIXème siècle, un paysage de bocage avec ses prairies, son étang et son moulin.

Le rêve d'un botaniste
Au début du XXe siècle, le vallon de Pézanin présente encore le visage d’une campagne traditionnelle du Haut Charolais/Haut Clunysois : des prairies, un bocage vallonné, un étang, un moulin et des terres parfois difficiles à mettre en valeur. Situé à près de 400 mètres d’altitude, sur des terrains granitiques et soumis à des écarts marqués de température et d’humidité, le site pouvait sembler peu propice à la création d’un grand jardin botanique. C’est précisément ce qui va intéresser Philippe de Vilmorin.
En 1903, Joseph-Marie-Philippe Lévêque de Vilmorin (1872-1917), botaniste, horticulteur et collectionneur de plantes, choisit le vallon de Pézanin, à proximité immédiate du domaine d’Audour auquel sa famille est liée, pour y entreprendre une expérience particulièrement ambitieuse.
Il appartient à l’une des grandes dynasties françaises de botanistes, grainetiers et sélectionneurs, dont plusieurs générations ont contribué à l’introduction, à l’étude et à l’amélioration des végétaux. Philippe de Vilmorin s’inscrit pleinement dans cet héritage, voyageur et collectionneur, il s’intéresse aussi bien aux arbres qu’à l’horticulture et participe aux grands échanges scientifiques de son époque. Il jouera notamment un rôle dans l’organisation du quatrième Congrès international de génétique, organisé à Paris en 1911.
Un laboratoire forestier à ciel ouvert
À Pézanin, Philippe de Vilmorin ne cherche pas seulement à composer un beau parc. Son ambition est beaucoup plus vaste : créer un véritable centre d’expérimentation forestière capable de déterminer quelles essences venues du monde entier pourraient s’adapter aux conditions du centre de la France.
Son fils Roger de Vilmorin l’expliquera en 1935, son père souhaitait moins constituer une collection ornementale que créer un centre d’expérimentation susceptible de montrer comment valoriser des sols difficiles dans une région froide. Le choix du vallon, avec son étang, ses différentes orientations de pente et son climat relativement rude, était donc loin d’être fortuit.
À partir de novembre 1903, puis de manière intensive entre 1904 et 1914, des arbres et arbustes provenant d’Europe, d’Amérique du Nord et surtout d’Asie arrivent ainsi à Pézanin. Les plantations sont interrompues par la Première Guerre mondiale, reprennent après 1918 et se poursuivent jusqu’au début des années 1920.
En vingt ans, l’expérience prend une dimension exceptionnelle car plus de 70 000 sujets représentant plus de 1 100 espèces ou variétés auraient été introduits dans le vallon.
Un immense échiquier botanique
L’organisation même de Pézanin témoigne de la rigueur scientifique du projet.
Une grande partie de l’arboretum est découpée en carrés de quatre ares, soit 20 mètres sur 20 mètres. Les limites sont matérialisées par des bornes de pierre numérotées sur leurs différentes faces. Environ 450 de ces bornes historiques subsistent encore aujourd’hui, portant 1 893 numéros. Elles constituent un patrimoine particulièrement précieux car elles sont les témoins matériels de l’organisation scientifique imaginée il y a plus d'un siècle.
Mais Philippe de Vilmorin fait également un choix scientifique essentiel, ne pas sélectionner uniquement les espèces dont on suppose déjà qu'elles réussiront.
Il faut essayer.
Observer.
Comparer.
Et parfois constater l’échec.
C’est cette méthode qui permet de parler de Pézanin comme d’un « arboretum d’élimination ». Les espèces sont confrontées aux mêmes réalités, froid, humidité, sécheresse, nature du sol, exposition, concurrence avec les autres végétaux. Celles qui ne peuvent s’adapter disparaissent progressivement ; d’autres végètent ; certaines, au contraire, prospèrent de manière spectaculaire.
La forêt devient ainsi l’expérience elle-même.
Pézanin, un siècle d’observation de la forêt
Cette dimension donne aujourd’hui une valeur particulière au site. Pézanin ne raconte pas uniquement l’histoire des arbres qui ont survécu. Il raconte aussi celle de ceux qui n’ont pas résisté.
L’expérience voulue par Philippe de Vilmorin permet progressivement d’identifier des essences particulièrement bien adaptées. Après le rachat de l’arboretum par l’État en 1935, les forestiers poursuivent ce travail, notamment sur plusieurs sapins, le thuya géant, la pruche de l’Ouest, le chêne rouge d’Amérique ou encore différentes provenances de Douglas.
Pézanin devient alors une véritable station d’expérimentation forestière, confiée à la recherche forestière de l’École de Nancy.
La structure géométrique des origines évolue peu à peu. Les arbres grandissent, certains disparaissent, d’autres se reproduisent spontanément et les peuplements se mélangent. L’ancien quadrillage scientifique se transforme progressivement en une forêt étonnante où se côtoient des arbres européens, américains, chinois, japonais, coréens ou mandchous.
De l'expérience scientifique au patrimoine national
L'arboretum de Pézanin devient forêt domaniale en 1969 et sa gestion est confiée à l’Office national des forêts. À partir de 1971, l’arboretum est également aménagé pour accueillir le public : sentiers, circuits botaniques, identification des arbres et espaces de découverte viennent compléter sa vocation scientifique.
La nature, pourtant, continue d’écrire son histoire. Les tempêtes de 1981, 1982 puis surtout celle de 1999 provoquent la disparition de nombreux arbres anciens. Une nouvelle phase de restauration est engagée au début des années 2000 sous l'impulsion du maire d'alors, monsieur Jean-Patrick Courtois. Quatre hectares sont notamment reconstitués en 2004 et 2005 autour de dix-sept collections thématiques.
Aujourd'hui, l'ONF présente Pézanin comme un « joyau végétal en terre de Bourgogne ». Sur environ 27 hectares organisés autour de son étang, l'arboretum conserve près de 450 espèces ou variétés d'arbres et demeure l'une des collections arborées remarquables de France.
Philippe de Vilmorin
Joseph Marie Philippe Levêque de Vilmorin, plus communément appelé Philippe de Vilmorin, né le 21 mai 1872 à Verrières-le-Buisson et mort dans la même commune le 29 juin 1917.
Botaniste, jardinier, collecteur de plantes, grand voyageur, horticulteur et collectionneur, il est le grand créateur de l'arboretum de Pézanin. C'est lui qui dès 1903 choisit ce vallon de Dompierre les Ormes, pour y installer un parc naturel, destiné à recevoir des collections d'arbres en provenance du monde entier.

Une station de recherche
Pratiquement laissé à l’abandon à partir de 1923, l’arboretum a été acquis en 1935 par l’Etat et sa gestion a été confiée à la Station de Recherche de l’Ecole Forestière de Nancy. De nouvelles plantations furent entreprises avec une orientation plus forestière, compte tenu des résultats acquis et des enseignements qu’il était possible d’en tirer. L’objectif de gestion était alors d’étudier les essences qui avaient le mieux réussi (Abies grandis, Abies nobilis, Abies nordmanniana, Thuya plicata, Tsuga hétérophilla, Quercus rubra…), de comparer les provenances de certaines espèces (Pseudotsuga douglasis) et d’étudier différentes méthodes d’installation de plants.

Une histoire forestière
L'arboretum couvre 25 ha, dont 5 ha de plan d'eau. Le climat est celui des contreforts du Massif Central et plus particulièrement du Beaujolais forestier. Il est plus rude qu'à Mâcon, mais plus doux que dans les hautes chaînes (Forez, Pilat etc...). Les sols sont cristallins, très favorables à la forêt. Historiquement, celle-ci n'était représentée, comme ailleurs en Beaujolais, que par de médiocres peuplements de Chêne rouvre, Châtaignier, Merisier. Les vestiges en sont rares dans l'arboretum. L'arboretum a changé 3 fois de mains pendant le XXe siècle. Cette instabilité a compliqué sa gestion. Bien que rigoureusement carroyées et bornées en carérs de 20x20m, les placettes végétales ont grandi, vieilli avec des fortunes diverses. Des essences marginales végètent ; certaines, dynamiques, (Douglas, Sapin de Vancouver, Sapin de Grèce) se multiplient vigoureusement et menacent l'existence d'arbustes moins robustes. Le vent, les maladies, les insectes, le changement climatique et les tempètes créent des trouées.Les gestionnaires successifs ont comblé les vides de façon irrégulière, acceptant parfois la disparition de telle, ou telle espèce, sous la frondaison mortelle d'un concurrent plus fortuné. La savante organisation de 1903, un groupe d'espèce par carré de 20 m sur 20 m, a évolué vers une futaie jardinée où s'enchevètrent bouquets d'essences variées : japonaises, chinoises, américaines, coréennes, mandchoues ou-plus prosaïquement-européennes ! Le massif forestier comprend deux ensembles :
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1 - Autour du lac, une collection botanique (arbres et arbrisseaux) dont l'identification est refaite peu à peu. Il y existe environ 150 espèces.
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2 - Sur les versants, un arboretum forestier dans lequel une cinquantaine d'essences de reboisement de la plus commune à la plus rare sont cultivées en peuplement.
Il en résulte immédiatement un double enseignement :
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le botaniste peut étudier chaque espèce sur des critères morphologiques et prendre par exemple croquis et photos.
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le forestier peut mesurer (au propre comme au figuré), les résultats, en boisement, d'essences aussi diverses que le Tsuga, le Pin maritime, ou l'un des chênes américains. Cet enseignement concentré sur 25 hectares est considérable.
